« L’esprit Prieuré »

Pour celles et ceux qui ont découvert le Prieuré à l’occasion des retransmissions sur le Net des célébrations de Noël 2020 et de la Semaine Sainte 2021, nous voulons présenter ce qui fait la spécificité de cette belle bâtisse du XIVe siècle, adossée à une petite église et nichée au cœur d’un jardin paisible qui inspire la sérénité.

Depuis 1984, Gabriel Ringlet anime le Prieuré de Malèves-Sainte-Marie. Il en a fait un lieu de rencontres culturelles et spirituelles, d’accueil de groupes et de célébration, où la foi chrétienne est solidement chevillée à la liberté de conscience. Soutenu par plusieurs équipes, il n’a cessé de creuser ses premières intuitions : jeter des ponts entre l’Évangile, l’actualité et toutes les formes d’imaginaire.

Cultuel et culturel

Convaincu que l’Évangile n’est pas achevé et qu’il s’écrit encore chaque jour, le Prieuré ne cesse de donner la parole aux femmes et aux hommes qui font vivre ces valeurs évangéliques. Qu’ils soient écrivains, philosophes, comédiens, chanteurs, musiciens, cinéastes, circassiens ou autres créateurs d’imaginaire, et qu’ils soient croyants ou non, les invités y trouvent l’espace pour y exprimer leur spiritualité. Et lors des célébrations que Gabriel Ringlet et l’équipe préparent soigneusement avec eux, c’est leur propre parole qui entre en résonance avec l’Évangile.

La petite église qui jouxte la maison n’est pas seulement un lieu de culte, mais aussi de culture. En effet, la culture n’est pas étrangère à la spiritualité. Le Verbe se fait chair quand il prend la voix d’un comédien, quand il trouve son chemin dans les mots d’un écrivain, les mouvements d’un danseur, ou les couleurs d’un peintre. Chaque fois qu’une parole remet un homme debout, lui redonne de l’espoir, resuscite en lui l’envie de vivre, chaque fois qu’une parole pardonne, donne une nouvelle chance, elle offre une résonance à la parole de Jésus.

Sans jamais rien renier de son identité chrétienne, le Prieuré engage aussi le dialogue avec les autres religions du Livre et avec les agnostiques et les athées. Parce que la vérité n’est la propriété de personne, elle se cherche à travers les chemins qu’empruntent tous ceux qui veulent faire grandir l’humanité vers plus de liberté, d’authenticité et de respect de chacun.

Au Prieuré, l’œcuménisme n’est pas qu’une bonne intention, il prend corps dans des rencontres pluralistes ou des célébrations construites, par exemple, avec une auteure musulmane, une rabbine française ou une pasteure suisse. On peut ainsi expérimenter combien la parole de l’autre permet d’éclairer sa propre parole.

Des gestes et des mots qui touchent

Et comme la tradition n’a jamais été figée, et n’a pas vocation à l’être, à chaque époque, les chrétiens ont cherché les mots et les gestes les plus adaptés pour dire leurs convictions, pour actualiser les textes sacrés auxquels ils se réfèrent. Les prières sont donc réécrites et les rituels repensés en profondeur, pour qu’ils prennent sens et parlent au cœur de chacun.

La Semaine Sainte, Noël, le mercredi des Cendres ou encore le 15 août et les Samedis du Prieuré sont des temps forts de célébration au Prieuré. Une communauté, qui prend plaisir à se retrouver, vient y puiser un ressourcement spirituel qu’elle ne trouve pas ailleurs sous cette forme-là.

Le Prieuré est donc, à maints égards, un lieu d’expérimentations pour tenter de rejoindre les contemporains dans leur soif de spiritualité. Il faut bien constater que beaucoup de propositions traditionnelles peinent aujourd’hui à étancher cette soif. Le Prieuré fait par conséquent le pari d’y répondre autrement, en redonnant du goût aux rites, en en inventant de nouveaux. En créant l’École des rites, il veut donner à chacune et chacun, chrétien ou non, croyant ou non, les moyens d’articuler des paroles et des gestes qui feront sens pour lui. Tant de situations demandent à être célébrées : l’accueil d’un enfant, un nouveau départ dans une vie de couple, ou la séparation, le deuil, la maladie et la guérison. Il y a des gestes à inventer et des paroles à dire, quand quelqu’un quitte définitivement son domicile pour s’installer en maison de repos, ou quand quelqu’un s’apprête à recevoir l’euthanasie. Célébrer, c’est remercier, c’est donner du sens, c’est partager, prendre conscience de la vie qui est au cœur de la vie. La pandémie que nous traversons actuellement a cruellement rappelé l’importance de ces moments de célébration.

Le prochain défi du Prieuré sera la création d’une école du prendre soin, pour inventer de nouvelles façons de rencontrer les fragilités d’aujourd’hui : un lieu d’écoute inconditionnelle et impuissante où la personne en souffrance pourra déposer ses valises et reprendre souffle ; un lieu qui réfléchira à d’autres manières de prendre soin de soi et de ceux qui prennent soin des autres ; un lieu pour développer de nouvelles formes de résilience face aux défis de notre temps ; un lieu porteur d’espérance.

Trois mots pour le dire

Pour définir le Prieuré en trois mots, on pourrait dire :

La tonalité du Prieuré, c’est celle du murmure, parce qu’une parole forte n’a que faire des cris tonitruants, elle se pose dans une voix douce. Dieu se dévoile avec pudeur, toujours caché, sans jamais s’imposer. La tonalité du Prieuré, c’est celle d’une musique, qu’elle soit ancienne ou contemporaine, qu’elle soit sacrée ou de variété.

La griffe du Prieuré, c’est celle d’une plume poétique qui grave dans le vent les mots qui résonneront toujours. C’est celle d’une pointe qui cherche à percer les secrets de l’âme humaine, tout en étant consciente qu’elle demeure insondable. La griffe du Prieuré ne blesse jamais, parce qu’elle entend bien prendre soin.

La couleur du Prieuré est multiple, comme la lumière se diffracte en arc-en-ciel à travers le prisme de verre. C’est celle de la diversité, de la différence, d’une parole toujours plurielle qui cherche comment mieux vivre ensemble et faire ensemble. La couleur du Prieuré, c’est celle de la vie qui cherche à se vivre pleinement.