Éditorial avril 2014 : La grandeur à genoux

«  Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! »
( Jean 13, 6 )

Parce que les Israélites marchaient pieds nus ou en simples sandales, le tout premier devoir de l’hospitalité imposait de laver les pieds de ses hôtes.  La Bible en témoigne à de nombreuses reprises, et notamment lors du fameux épisode des trois visiteurs qui arrivent aux chênes de Mambré. En pleine chaleur du jour, Abraham cherche un peu de fraîcheur à l’entrée de sa tente lorsque, levant les yeux, il voit trois hommes debout près de lui. Toutes affaires cessantes, il se prosterne devant eux et demande qu’on apporte un peu d’eau pour leur laver les pieds (Genèse 18, 1-4).

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Éditorial mars 2014 : « Puisatier de mon coeur »

«  Jésus lui dit : “Donne-moi à boire” »
( Jean 4, 7 )

Depuis la dépression du Jourdain, Jésus vient de parcourir un long chemin. Il est tellement épuisé, pense Grosjean, qu’il « n’a plus le courage de faire le dernier kilomètre ». Il s’assied « simplement » disent la plupart des traductions, le dos appuyé contre la margelle du puits.
Dans la Bible, le puits appelle la rencontre. Les filles ne vont pas y puiser que de l’eau ! Les garçons le savent bien, en recherche de l’âme sœur qui saura entendre leur soif. N’est-ce pas au puits de Jacob qu’Abraham envoie Eliézer dans l’espoir de trouver chaussure au pied de son fils Isaac ? Arrivé sur place, le vieux serviteur demande à Yahvé de prouver son amitié pour Abraham. « Seigneur Dieu… la jeune fille à qui je dirai : “ Penche ta cruche que je boive ” et qui répondra “ Bois, et j’abreuverai aussi tes chameaux ”, qu’elle soit celle que tu destines à ton serviteur Isaac. » Il n’a pas fini de parler que voici Rebecca…

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Éditorial février 2014 : Réduisez les doses !

«  Vous êtes le sel de la terre »
(Matthieu 5, 13)

Nous consommons trop de sel ! Voilà des années que l’Organisation Mondiale de la Santé tire la sonnette d’alarme. L’excès de sodium est un facteur de risque cardiovasculaire largement démontré mais il provoque aussi, au fil des années, une diminution de la densité minérale osseuse et donc une aggravation de l’ostéoporose. D’où ce conseil de l’OMS : « Réduisez les doses ! Ne dépassez surtout pas six grammes par jour au grand maximum. »
Dans ces conditions-là, comment accueillir l’affirmation de Jésus qui semble encourager ses disciples à saler sans compter : « Vous êtes le sel de la terre ! »

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Éditorial janvier 2014 : Rentrer à la maison

«  Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm »

(Matthieu 4, 13)

On imagine souvent un Jésus sans feu ni lieu, toujours sur les routes, à vagabonder ou à embarquer, dormant le plus souvent à la belle étoile. D’ailleurs, à un scribe qui se propose de le suivre « partout où tu iras », Jésus ne répond-t-il pas : « Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où poser la tête » (Mtt 8, 20).
D’autres passages d’Évangile nous disent pourtant que Jésus revient régulièrement à « la maison ». Et on voit bien qu’il ne s’agit pas de la maison paternelle à Nazareth mais du domicile qu’il a établi à Capharnaüm.

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Éditorial décembre 2013 : La crèche de Mandela

Maintenant que les clameurs de l’hommage mondial se sont (presque) tues, je souhaite, en guise d’éditorial, offrir la place et la plume à un journaliste du Québec qui, le 7 décembre dernier, en pleine et brûlante actualité, a su trouver des mots « différents ».
A mes yeux, cet article nous dit quelque chose de la crèche de Noël. Je ne connais pas les convictions de Stéphane Laporte et ne veux surtout pas le récupérer. Je dis, sobrement, qu’il m’a touché très en profondeur, qu’il m’a rappelé ce qu’était la liberté intérieure et qu’il m’a convaincu qu’un homme seul, parfois dans le plus extrême dénuement, peut provoquer des changements planétaires.
Jésus, François d’Assise, Nelson Mandela… ces trois figures du « Très Bas » nous rappellent que la re-naissance reste encore possible.

Gabriel Ringlet

(25/12/2013)

Merci à Lucie Gravel qui m’a transmis ce texte de La Presse.

La cellule de Mandela (Stéphane Laporte. La Presse, 07/12/2013)

C'est en réalisant un documentaire sur la tournée mondiale de Céline Dion que je me retrouve ici. Devant la cellule de la prison de Robben Island où Nelson Mandela a vécu 18 de ses 27 années à l'ombre. Entre deux concerts en Afrique du Sud, la star est venue s'y recueillir. La caméra la filme discrètement. Émue, Céline sort du cachot et poursuit sa visite des lieux, l'équipe de tournage à sa suite.

Avant de les rejoindre, je m'attarde un moment dans la minuscule cellule. C'est grand comme une penderie (pas une penderie de Céline, une garde-robe normale). Tout a été laissé exactement comme lorsque Nelson Mandela y a passé des milliers de jours et de nuits. Pas de lit, une simple couverture au sol. Une petite table de chevet verte, une assiette et un bol déposés dessus. C'est tout. C'est ici que Mandela a libéré un peuple.

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Paternité oblique

 
«  Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph »

(Matthieu 1, 18)

Il y a peu, je me trouvais à Montréal dans le quartier de la Place des Arts lorsque, vers midi, je vois des gens surgir de partout, des jeunes surtout, et le défilé n’arrête pas. Il en arrive par dizaines à flux continu, si bien qu’après un quart d’heure, un millier de personnes au moins s’agglutinaient avec décontraction autour d’un minuscule podium. Je demande à une jeune fille qui on attend d’aussi joyeuse humeur ? « Stromae, me dit-elle, Stromae ! » Et de fait, quelques minutes plus tard, le chanteur belge apparaît sous une nuée de flashs et se lance dans la chanson fétiche qui fait aujourd’hui le tour du monde : Formidable. Étonnant Stromae, très habité par l’avenir de la planète comme par celui… de la famille, et qui n’hésite pas à confier dans une autre chanson : « Tout le monde sait comment on fait des bébés / Mais personne ne sait comment on fait des papas. » D’où ce refrain qu’une foule reprend à l’unisson : Où t’es ? Papa où t’es ?

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« Sois plein d'étonnement »


«  Je m’en vais, et je reviens vers vous »

(Jean 14, 28)


Le poète et romancier François Cheng raconte qu’il y a un peu plus de cinquante ans, durant l’été 1961, alors qu’il se sentait « en perdition », des amis lui proposent de rejoindre leur groupe en partance pour Rome et Assise. Tout heureux de s’arracher « à la grisaille parisienne » en ce temps d’« extrême dénuement », il voit d’abord dans cette invitation la chance d’un moment d’évasion.
À peine sorti de la gare d’Assise, il reste figé sur place, convaincu qu’il vient de trouver le lieu, son lieu, tant la vision de cette blanche cité réveille en lui la grande tradition chinoise du feng shui selon laquelle un site exceptionnel, fût-il modeste et dépouillé, peut engendrer un destin exceptionnel.
Alors que le groupe s’en revient en France, François Cheng décide de rester sur place, de vivre dans le peu, de dormir à la dure et de revisiter les trois sites qui gardent trace du passage de François d’Assise : Saint Damien, la Portioncule et les Carceri. C’est là surtout, entre rochers et broussailles, qu’il croit entendre un François tout proche lui murmurer à l’oreille : « Sois plein d’étonnement et de gratitude, car quelque chose est arrivé ».

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Cendres


Cendres des mers mêlées de sel et d’écume. Quel voilier blanc les pousse au large pour quelle traversée ?

Cendres des rivières et des lacs entraînées en douceur et parfois en rudesse sur le chemin de leur sépulture ambulante.

Cendres des déserts blonds que de belles amazones emportent au galop à travers les sables.

Cendres des montagnes qui viennent buter, parfois, contre les rochers, ou préfèrent se cacher sous la neige.

Cendres des herbes et des jardins, semées à deux pas, sur la pelouse ou dans le sous-bois, dans les champs de blé et même au bord de la route. Prennent-elles alors le goût des myrtilles et la couleur des coquelicots ?

Toutes ces cendres cousines écrivent le même poème sous la dictée du vent. Cendres-hirondelles et cendres-papillons ou cendres-cerf-volants, comme les graines arrivées à maturité, elles connaissent la beauté de la semaison.

                                    Gabriel Ringlet
(13/02/2013)

Je vous souhaite...

LA MARCHE QUI MANQUE

Dans une très belle réflexion autour de « L’évangile des boiteux », le poète Jean-Pierre Lemaire parle de la faiblesse que représente souvent la boiterie mais de la force aussi que donne cette obligation de lenteur : on voit mieux les personnes âgées, les mères qui conduisent une poussette, les handicapés, les chômeurs, les gens « en décalage ».

« École de pauvreté, école de douceur envers soi, la boiterie est une faiblesse qui prédispose à la “faiblesse de croire” (Michel de Certeau). » Boiter, dit encore Jean-Pierre Lemaire, c’est toujours descendre, c’est chercher à chaque pas la marche qui manque pour retrouver sa propre hauteur ».

Je vous souhaite pour 2013… assez de douceur envers vous-même, assez de lenteur pour mieux voir quelqu’un en décalage, assez de faiblesse pour accueillir Noël « sans rien dire à personne » (Le Quintrec).

Mais surtout, boiteux ou pas, que vous cherchiez, à chaque pas, la marche qui manque pour retrouver votre propre hauteur…

Gabriel Ringlet

(Noël 2012)

Mon Concile Vatican II

Lorsque le pape Jean XXIII ouvre le Concile Vatican II, le 11 octobre 1962, je suis en rhétorique au collège Ste Croix de Hannut.

Avec recul, et même si les chemins d’une vocation sont pluriels, je suis convaincu que l’évènement conciliaire n’est pas pour rien dans mon entrée au séminaire.            

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