Vendredi Saint : Jean-Philippe Altenloh (19/04/19)

COMPTE-RENDU DE LA RENCONTRE

L'ÉTONNEMENT DU VENDREDI SAINT avec Jean-Philippe Altenloh : Un éternel recommencement

Jean-Philippe Altenloh, comédien et entrepreneur de pompes funèbres, conjugue avec passion ses deux métiers ou, devrait-on dire, ses deux vocations. Chaque représentation devant un nouveau public, chaque rencontre avec une nouvelle famille est une page blanche à écrire, un nouveau commencement.


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Il adore faire le pitre et conduire un corbillard.

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PSM AVRIL 2019 5427C’est au Collège Saint-Michel que la vocation théâtrale de Jean-Philippe Altenloh est née. Un de ses professeurs avait écrit une pièce de théâtre et lui avait confié le rôle principal. Ce fut un triomphe et il a adoré faire le pitre devant ses camarades. La suite de son parcours au collège est moins couronnée de succès. S’il découvre avec ferveur les grands poètes de la littérature française et les auteurs grecs et latins, il se désintéresse des autres branches. Élève turbulent, il écrit même une chanson sur le préfet du collège que l’on surnomme « Le duc d’Albe ». Autant dire qu’on lui demande d’aller doubler ailleurs... Il quitte alors les jésuites pour s’inscrire chez les salésiens.
À la fin de ses études secondaires, il entre au conservatoire, mais les cours ne commencent qu’en octobre et les vacances se font longues. Et comme il a toujours rêvé de conduire un corbillard, il propose spontanément sa candidature dans une entreprise de pompes funèbres. Le patron l’engage mais le prévient qu’il ne fera pas que conduire le corbillard, il lui faudra aussi procéder à des mises en bière. Lors de son premier jour, il procède à trois ensevelissements, mais les corps sont déjà préparés et il n’a qu’à déposer les corps dans les cercueils. Rien de bien effrayant pour lui. À la fin des vacances, son patron, satisfait, lui dit de revenir quand il veut, ce qu’il ne manquera pas de faire durant ses études. Il continue en effet de rejoindre l’équipe chaque jeudi et durant ses vacances. Et lorsque l’entreprise tombe en faillite en 2010, il créera la sienne.

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Les masques tombent.

Jamais l’indifférence

À chaque fois, les funérailles sont une page blanche, un événement unique. Il n’y a jamais de routine dans le métier. « Je suis face à des personnes que je ne connais pas et qu’il faut comprendre en quelques minutes. C’est important de comprendre les méandres d’une famille, son histoire. Je suis tenu au secret bien entendu. » Il lui arrive même de jouer des arbitres quand les masques tombent et que les conflits et les rancœurs ressortent.
Après 35 ans de métier sa sensibilité reste intacte et il est toujours impressionné par le courage dont les gens font preuve dans les situations les plus tragiques. Où vont-ils chercher cette force ?
Il se souvient des funérailles d’une dame qui adorait sa maison et son jardin. Le jour de ses funérailles, elle aurait dû organiser son annuelle dégustation de vin. Jean-Philippe Altenloh a suggéré aux enfants de célébrer les funérailles dans son jardin et de maintenir la dégustation. Ce fut une journée un peu folle émaillée d’une belle célébration et d’un bel hommage. « Il arrive en effet que l’allégresse se mette à l’écoute de la détresse. »
« Je trouve les cimetières très cérémoniels. Ils sont empreints de sérénité, ce sont des endroits calmes et souvent bien situés. L’émotion devant une tombe est concentrée sur un moment qui en sera d’autant plus intense. Ce n’est jamais un moment banal. » Jean-Philippe Altenloh se souvient d’un cimetière recouvert par une neige qui mettait tout le monde sur le même pied. Adolescent, il lui était arrivé aussi de jouer au Robin des Bois, en redistribuant les fleurs des tombes les plus garnies vers celles qui n’en avaient pas.

Comme un funambule

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Le Robin des Bois des cimetières

En 35 ans de métier, il constate que la tendance est à la sobriété dans le choix des cercueils et de l’apparat funèbre. Les préoccupations écologiques et environnementales guident les choix des familles et la crémation est de plus en plus répandue. La loi aujourd’hui permet aux familles de reprendre les cendres. « On a besoin de se réapproprier les restes du défunt et d’en faire quelque chose de symbolique. »
Même s’il est confronté tous les jours à la mort, les contingences professionnelles l’en distraient : « Je me sers de la mort des autres pour ne pas penser à la mort de mes proches et à la mienne. Cela me dévie du sujet. »
De par l’exercice de son métier, il baigne dans les rites catholiques qu’il connait par cœur. Il se définit pourtant comme un agnostique. Il croit en quelque chose de supérieur qui nous échappe et il lui arrive de pratiquer la prière. « La méditation est d’ailleurs une forme de prière qui nous relie à ce qui nous dépasse. » Le récit de la passion de Jésus, c’est une histoire bouleversante. Il pose sur le texte un regard de comédien : « Il y a des PSM AVRIL 2019 5408personnages incroyables, pensez à Ponce Pilate. On est dans du théâtre et ce n’est pas étonnant que ce récit ait inspiré les plus grands artistes. »
Car Jean-Philippe Altenloh reste aussi fidèle à sa première vocation de comédien. Avec Michel Wright, il relance le Théâtre de la Valette à Ittre. En quatre spectacles, ils ont ressuscité ce lieu de création qui avait perdu sa subvention. Du 9 au 26 mai prochain, il interprétera un monologue qui ne laisse personne indifférent : L’homme descend du songe, ou Crime magistral de Pascal Vrebos. Lors de l’office du soir, Jean-Philippe Altenloh a d’ailleurs bluffé et stupéfait l’assemblée en interprétant un extrait de son spectacle : Coralie.
Le point commun entre le métier de croque-mort et de comédien ? « Nous sommes de funambules, nous marchons sur un fil. Quand je rencontre une famille pour la première fois, j’ai le trac, comme lorsque j’entre en scène. Il n’y a jamais de routine. »

 

Prochain spectacle :

L’homme descend du songe ou Crime magistral, de Pascal Vrebos, avec Jean-Philippe Altenloh, du 9 au 26 mai au Théâtre de La Valette, 11, Rue Basse à Ittre. ( 067.64.81.11 : www.lavalette.be

Voir plus de photos :

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« Je me sers de la mort des autres pour ne pas penser à la mienne. »

Interview : Gabriel Ringlet
Compte-rendu : Jean Bauwin
Illustrations : Patrick Verhaegen (Pavé)
http://www.pavesurle.net/
Photos : Bruno Rotival
Vidéo : Bernard Balteau

(19/04/2019)

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