Vendredi Saint 2017 : La Passion relue par Denis Bernard

VENDREDI SAINT 2017 : LA PASSION

LA PASSION DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST, SELON SAINTS MATTHIEU, MARC, LUC ET JEAN

relue par Denis Bernard

1er récit

L. Jésus sortit pour se rendre, comme d’habitude, au mont des Oliviers et ses disciples le suivirent. Arrivé là, il leur dit :
+ « Priez, pour ne pas entrer en tentation. »
L. Il commença à ressentir tristesse et angoisse. Il leur dit alors :
+ « Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez avec moi. »
L. Puis il s’écarta à la distance d’un jet de pierre environ. Se mettant à genoux, il priait :
+ « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »
(…)

L. Il parlait encore quand parut une foule de gens. Le nommé Judas, l’un des Douze, marchait à leur tête. Il s’approcha de Jésus pour l’embrasser. Jésus lui dit :
+ « Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ? »
L. Voyant ce qui allait se passer, ceux qui entouraient Jésus lui dirent :
D. « Seigneur, faut-il frapper avec l’épée ? »
L. L’un d’eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite. Jésus répondit :
+ « Laissez donc faire ! »
L. Et, touchant l’oreille de l’homme, il le guérit. Jésus dit alors à ceux qui étaient venus l’arrêter, chefs de prêtres, officiers de la garde du Temple et anciens :
+ « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais avec vous dans le Temple, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est maintenant votre heure, c’est la domination des ténèbres. »
L. Ils se saisirent de Jésus pour l’emmener et ils le firent entrer dans la maison du grand prêtre.

Regard de Denis : Accepter avec joie - L'histoire de Joana

Joana est une petite fille de sept ans, nous nous rencontrons depuis quelques mois dans son école. Polyhandicapée, elle est en permanence dans un fauteuil-coque, ses jambes et ses bras sont attachés. Cette image pourrait donner peur. Une fois mes yeux plongés dans les yeux de ce corps si fragile, ma crainte est dépassée. Pas de blagues ou de tours compliqués, rencontrer Joana c'est tout simplement partager des grands sourires et des rires contagieux. C'est la joie de partager ce moment ensemble qui prend le dessus. Alors que je revenais dans la classe, l'institutrice me la présente comme ma plus grande.

***

2e récit

L. Dès le matin, les chefs des prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le grand conseil. Puis ils enchaînèrent Jésus et l’emmenèrent pour le livrer à Pilate. Celui-ci l’interrogea :
A. Es-tu le roi des Juifs ?
L. Jésus déclara :
+ C’est toi qui le dis.
L. Mais, tandis que les chefs des prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit :
A. Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ?
L. Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur était très étonné. Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait. Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas. La foule s’étant donc rassemblée, Pilate leur dit :
A. Qui voulez-vous que je relâche : Barabbas ? ou Jésus qu’on appelle le Messie ?
L. Il savait en effet que c’était par jalousie qu’on l’avait livré. Les chefs des prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus. Le gouverneur reprit :
A. Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ?
L. Ils répondirent :
F. Barabbas !
L. Il reprit :
A. Que ferai-je donc de Jésus, celui qu’on appelle le Messie ?
L. Ils répondirent tous :
F. Qu’on le crucifie !
L. Il poursuivit :
A. Quel mal a-t-il donc fait ?
L. Ils criaient encore plus fort :
F. Qu’on le crucifie !
L. Pilate vit que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le désordre : alors il prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant :
A. Je ne suis pas responsable du sang de cet homme : cela vous regarde !
L. Tout le peuple répondit :
F. Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants !
L. Il leur relâcha donc Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller et le leur livra pour qu’il soit crucifié.


Regard de Denis : Accueillir simplement -
L'histoire de Jean-Paul

À Charleroi, nous rencontrons des personnes vivant en rue. Après avoir sillonné la ville, nous nous concentrons sur des squats, souvent des lieux de consommation de drogues, principalement de l'héroïne. Nous devons ouvrir les grilles pour entrer dans ces lieux délabrés. Un jour Jean-Paul se présente et raconte qu'il est en liberté conditionnelle pour la journée. Il nous parle de violence et de menace, de personnes à qui il veut "faire la peau".  Comment réagir à tout cela ? Nous ne sommes ni policiers, ni juges, ni éducateurs, ni soignants, nous sommes juste là pour accueillir les émotions de Jean-Paul en cet endroit et à ce moment. Que cela soit la joie, la souffrance ou la colère, nous pouvons recevoir tout cela dans l'instant et s'en faire l'écho.

***

3e récit

L. Jésus, portant lui-même sa croix, sortit en direction du lieu dit en hébreu : Golgotha c’est-à-dire Lieu-du-Crâne ou Calvaire. Là, ils le crucifièrent, et avec lui deux autres, un de chaque côté, et Jésus au milieu.
Pilate avait érigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix, avec cette inscription : « Jésus le Nazaréen roi des Juifs ». Comme on avait crucifié Jésus dans un endroit proche de la ville, beaucoup de Juifs lurent cet écriteau qui était libellé en hébreu, en latin et en grec. Alors les prêtres dirent à Pilate :
F. Il ne fallait pas écrire « Roi des Juifs » ; il fallait écrire : Cet homme a dit :
« Je suis le roi des Juifs ».
A. Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit.
L. Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits, ils en firent quatre parts, une pour chacun. Il restait la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux :
A. Ne la déchirons pas, tirons au sort celui qui l’aura.
L. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : « Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. » C’est bien ce que firent les soldats.
Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, avec la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie-Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère :
+ Femme, voici ton fils.
L. Puis, il dit au disciple :
+ Voici ta mère.
L. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que désormais toutes choses étaient accomplies, et pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit :
+ Tout est accompli.
L.  Il était déjà presque midi ; l'obscurité se fit dans tout le pays jusqu'à trois heures, car le soleil s'était caché. Le rideau du temple se déchira par le milieu. Alors, Jésus poussa un grand cri :
+ Père, entre tes mains je remets mon esprit.
L. Et après avoir dit cela, il expira.

Regard de Denis : Tomber en amour comme une mère - L'histoire d'Odile

Odile est arrivée du Burundi il y a plusieurs années pour être soignée. Je la retrouve régulière lors de mes visites à domicile. Elle me parle de ses problèmes de santé mais aussi du Burundi. Quand deux personnes se rencontrent, ils s'offrent la paix, "Amahoro”, ils se racontent les dernières nouvelles de la famille, l'autre l'écoute en l'encourageant "Ego, ego".  Nous dansons et chantons en répétant des mots en Kirundi. Nous trinquons au thé à nos enfants, à tous les enfants du monde, en particuliers pour ceux souffrent, notamment dans les pays en guerre.

 

***

4e récit

L. Comme c’était vendredi, il ne fallait pas laisser des corps en croix durant le sabbat (d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque). Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Des soldats allèrent donc briser les jambes du premier puis du deuxième des condamnés que l’on avait crucifiés avec Jésus. Quand ils arrivèrent à celui‑ci, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage, afin que vous croyiez vous aussi.
(Son témoignage est véridique et le Seigneur sait qu’il dit vrai.) Tout cela est arrivé afin que cette parole de l’Écriture s’accomplisse : « Aucun de ses os ne sera brisé. » Et un autre passage dit encore : « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.


Regard de Denis : Attendre et se laisser surprendre -
L'histoire de Déborah

Déborah et polyhandicapée, corsetée continuellement dans sa chaise roulante. Ses mains qui bougent continuellement dans le vide, sans vouloir rien toucher. Je mets mes paumes à quelques centimètres et suis délicatement ses mouvements. Lors d'une séance, elle attrape mes mains, petit moment de succès. À la séance suivante, je veux lui toucher les mains mais à nouveau, elle s'esquive. Toujours vivre le moment présent.

Nos séances reprennent aves leurs petits moments exceptionnels. Nous passons beaucoup de temps à nous promener, sans quitter la pièce, et à danser avec la chaise. Je lui chante "Faire une virée à deux dans le sud de l'Italie" de Liliclub... En fin d'année scolaire, sa professeure très heureuse me dit que depuis quelques temps Déborah prend des objets en main.

En septembre, nos rencontres reprennent, Déborah attrape de plus en plus mes mains. Sourires, chansons et promenades reviennent. Un jour, alors que je suis juste à côté d'elle, Déborah lève les bras comme pour bâiller et, à ma grande surprise, les serrent autour de mon cou. Moment suspendu. Nous rions tous les deux.

***

5e récit

L. Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Nicodème (celui qui la première fois était venu trouver Jésus pendant la nuit) vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent le corps de Jésus, et ils l’enveloppèrent d’un linceul,
en employant les aromates selon la manière juive d’ensevelir les morts. Près du lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore mis personne. Comme le sabbat des juifs allait commencer, et que ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.


Regard de Denis : Entrer dans la chambre en confiance -
L'histoire de Soeur Manu

Sœur Manu est une des premières dames que j'ai rencontrées à la Maison de la Providence à Tournai en janvier 2010. C'est elle qui au dos du livret.

Sa chambre est dans la pénombre, elle est endormie, frêle et minuscule dans son lit.  Un moment d'inquiétude devrait m'envahir. Mais une fois qu'elle voit le clown, elle sourit, rit et s’exclame “C'est vous !" Elle tire sur le file de l'interrupteur, relève la tête du lit avec la télécommande.  Tout d'un coup la chambre de cette dame de nonante neuf ans est remplie de joie.

Comme beaucoup de personne que j'ai rencontrées, depuis sept ans, Sœur manu est décédée. Une pensée pour tous ces défunts.

Denis BERNARDE
(14/04/2017)

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