Samedi du Prieuré : Françoise Wallemacq (03/10/15)

SAMEDI DU PRIEURÉ : ÉCHOS DE LA RENCONTRE

Françoise Wallemacq : Le feu qui dépouille

 

Ce 3 octobre 2015, Françoise Wallemacq, grand reporter à la RBTF, a ouvert la nouvelle saison des Samedis du Prieuré, en nous emmenant sur des chemins inattendus. Bien sûr, elle a évoqué son métier qui la conduit partout où le feu de la guerre fait rage, mais elle a aussi témoigné, avec une sincérité émouvante, de sa vie de femme amoureuse et de la maladie qui a emporté une amie très proche.

Françoise est la troisième d’une fratrie de quatre filles, c’est dire qu’elle a dû mordre, se faire punir ou se faire remarquer pour exister. À l’âge de 15 ans, elle perd sa maman. Elle fait alors le douloureux apprentissage du « plus jamais » et du « pour toujours ».
Son goût pour les choses extrêmes la conduit en Inde où, au sortir des études secondaires, elle va rejoindre Claire Vellut, médecin dans une léproserie. À son retour, elle fait des études de journalisme et découvre que ce n’est pas toujours un métier de vautours, mais qu’on peut le pratiquer autrement, en étant attentif aux petites choses et aux gens que l’on rencontre. C’est ça qui la séduit.
Sensible à la situation dans les prisons, elle entreprend ensuite des études de criminologie. Elle anime ensuite une émission Passe Murailles destinée aux détenus de Saint-Gilles et de Forest. Elle travaille aussi pour la télévision avec Nouba Nouba, ou pour la presse écrite avec le Petit Ligueur. Mais c’est la radio qui a sa préférence, un média plus intime, plus familier, plus respectueux des gens qui l’écoutent et des gens qu’elle interviewe.
Sa vie sentimentale fut chaotique au début, jusqu’à ce qu’elle retrouve un ami de jeunesse quand il a eu cinquante ans. Elle découvre un homme qui l’aime enfin telle qu’elle est et qui la respecte. « Quand on a goûté à cela, dit-elle, on ne peut plus s’en passer. » Ils tombent amoureux. Il meurt hélas au bout de trois ans, mais elle a retrouvé avec son compagnon actuel, cette même maturité de l’amour, comme s’il y avait un fil conducteur entre les deux hommes.

Sous les feux de la guerre

Son métier la conduit sur les routes du monde en guerre. « Cela peut paraître dangereux, confie-t-elle, quand on est derrière sa télévision, mais en réalité, la vie continue, c’est moins spectaculaire quand on est sur place. » Elle se souvient qu’en Roumanie, en pleine révolution, alors que les chars occupaient Bucarest, elle a vu un homme se promener avec un sapin de noël sous le bras.
Des situations dangereuses permettent aussi de créer des amitiés intenses très rapidement, comme avec ces Palestiniens qui l’hébergent lors de la première guerre du Golfe. Elle avait tout le nécessaire pour se protéger d’une attaque chimique, mais comment oser utiliser ce matériel, quand ceux qui vous accueillent n’ont que du plastique aux fenêtres pour se défendre ?
À Sarajevo, ville traumatisée, elle travaille avec un ex-ambassadeur de Yougoslavie en France, qui lui sert de traducteur et fait des petits boulots pour survivre. Vingt ans après, de retour dans le pays, elle le retrouve toujours aussi pauvre. Ce sont les profiteurs de la guerre qui se sont enrichis et qui pavanent dans leurs grosses voitures. La médiocrité a gagné et l’épuration a rendu la société mono-ethnique.
En Syrie, qui fut longtemps une terre d’accueil pour les réfugiés arméniens, elle est reçue chez ces chrétiens qui avaient fui le génocide en Turquie. Ils craignent à présent de devoir fuir encore, mais ils restent accueillants et hospitaliers, toujours heureux de voir des étrangers. Aujourd’hui, la vie est devenue impossible dans les territoires occupés par les rebelles ou par l’État Islamique. On a de l’eau toutes les trois semaines et de l’électricité toutes les deux semaines. Le régime de Bachar El Assad lance des bombes dont les enfants sont les principales victimes. Les jeunes sont envoyés au front pour cinq ans, autant dire qu’ils ne reviennent jamais. Les parents font donc tout pour que leurs enfants puissent s’enfuir. Le pays se vide de sa jeunesse.
Ses reportages lui permettent aussi de rencontrer des gens dont l’énergie de vie et la force vitale rayonnent. Magda Hollander-Lafon et Maggy Barankitse, deux amies du Prieuré, en font partie.


La maladie brûle nos cuirasse

Dans un second temps, Françoise Wallemacq évoquera une amie d’enfance, décédée il y a dix mois. Elle la décrit comme une femme blessée, aigrie, en colère contre le monde, emprisonnée dans un rôle de victime. Sa façon de se défendre était d’attaquer.
Le jour où la nouvelle de son cancer est tombée, elle est devenue comme un animal traqué. Elle avait tellement peur de la mort. Comment l’accompagner ? Elle retourne sa colère vers les oncologues, elle en change trois fois. Elle voulait entendre qu’elle allait vivre et aucun ne le lui disait. Elle vit dans son antre aux volets fermés, dans la pénombre. Françoise l’appelle souvent et les deux femmes se parlent pendant des heures au téléphone. Et puis un jour, son amie s’est mise à ouvrir ses volets, à laisser le soleil entrer dans sa maison. Elle a dépensé son argent pour se faire plaisir, elle a organisé une fête pour ses amis. C’est au moment où sa vie lui échappait qu’elle en est devenue l’actrice.
Françoise intègre l’équipe d’amis qui se relaient à son chevet. Elle découvre des gens qui restent naturels et joyeux dans les gestes de soins. Son amie, jusque-là si indépendante, se laisse enfin aimer et leur permet de s’occuper d’elle. Un jour, elle écrit à Françoise : « Je suis guérie ! » C’était fascinant de la voir abandonner ses batailles et accorder son pardon. Elle est morte en aimant la vie, comme en témoigne son dernier sms envoyé quinze jours avant son décès : « Que chaque instant de cette journée ne soit que joie et amour. Je ressens toutes les vibrations de cet amour que je donne et que je reçois. » Elle est partie guérie en effet, guérie de sa peur de vivre.

 Jean BAUWIN
(03/10/2015)

 

 

 

 

 

 

 

 

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