Samedi du Prieuré : Armand Lequeux (02/03/13)

SAMEDI DU PRIEURÉ : ÉCHOS DE LA RENCONTRE

La passion amoureuse : De la passion jetable à l’amour durable


Ce samedi 2 mars 2013, l’invité des Samedis, Armand Lequeux, médecin et sexologue, a proposé aux participants de retourner au jardin de leurs relations amoureuses, pour tailler, émonder, et domestiquer la passion, car « aimer durablement n’est pas plus naturel à l’Homme que la rose au jardin ».

 

« L’amour se construit, s’élabore comme le chef d’œuvre d’une vie… », écrit Armand Lequeux. Il parle sans doute d’expérience, lui qui a vécu la passion destructrice d’un premier amour, avant de rencontrer la jeune femme qui est son épouse depuis plus de quarante ans. Cet amour n’est pas né d’un coup de foudre, mais d’un choix rationnel, c’est un « amour de décision » comme il aime à le dire, et peut-être le chef d’œuvre de sa vie.
Il parle aussi à partir de l’expérience de toutes ces femmes et ces hommes qu’il accompagne dans sa pratique médicale. Il libère les couples de l’obligation, parfois culpabilisante, de rendre l’autre heureux. « Nous ne sommes pas nés pour être heureux, mais vivants. » Pour que le couple dure dans le temps, il doit casser certaines idées reçues, et peut-être inventer de nouvelles façons d’aimer dans la fidélité. Le conjoint est un partenaire que l’on ne connaît jamais complètement, il est un autre à découvrir chaque jour avec étonnement et à séduire. Si l’on croit qu’il va pouvoir combler nos manques et répondre à nos besoins, on risque bien des déceptions.
Avec l’humilité qui lui est coutumière, Armand Lequeux se raconte. Très jeune, il est sensibilisé au problème de l’injustice. Pourquoi certains mineurs sont-ils victimes d’accidents et meurent jeunes de silicose, alors que son père, ingénieur des mines, vit assez confortablement ? Pourquoi ce fils aîné adopté réussit-il moins facilement que ses frères et sœurs, plus jeunes et pourtant plus doués ? Et ce bébé qui vient de naître de parents toxicomanes, a-t-il les mêmes chances que les autres ?
Même s’il se définit aujourd’hui comme un agnostique à tendance athée, Armand Lequeux trouve que le message évangélique nous invite à renverser, cul par-dessus tête, nos idées reçues. Le monde dans lequel nous vivons n’est pas juste, et « la parabole des ouvriers de la onzième heure » ouvre d’autres horizons. Comme elle est compréhensible la rouspétance des ouvriers qui ont sué toute la journée ! L’envie est naturelle à l’homme, mais elle est aussi un poison insidieux. Et pour sortir de l’envie, la psychologie positive propose d’apprendre à se réjouir du bonheur de l’autre.


Naître est une blessure, et les deux blessures fondamentales sont celles de l’abandon ou de l’envahissement. En prendre conscience peut aider chacun à se situer dans son couple. Armand Lequeux propose alors à l’assemblée un exercice inspiré de la Communication Non-Violente. Par groupe de deux, on désigne d’abord un émetteur et un récepteur. Au terme de l’exercice, on inverse les rôles et on renouvelle l’expérience. Celle-ci se déroule en trois temps :

  1. L’émetteur exprime en « Je » une difficulté actuelle qui génère chez lui des émotions pénibles : « J’éprouve des difficultés à accepter que…, et cela me rend… »
  2. Le récepteur écoute avec ses « grandes oreilles ». Il répète, confirme : « Si j’ai bien entendu, tu… » Il reformule l’émotion, le sentiment de l’autre et demande des précisions, des éclaircissements.
  3. Durant les deux dernières minutes, le récepteur confirme et valide les propos de l’autre : « Ce que tu m’as partagé a du sens pour toi… et cela me rejoint dans… Cela me rend heureux de rencontrer quelqu’un de vivant. »

De l’avis général, l’exercice fut une réussite et la découverte pour certains de leur blessure originelle. D’autres blessures sont aussi à assumer, si l’on ne veut pas s’isoler dans la dépression ou le désespoir :

  • La finitude : je suis fini, je ne suis pas Dieu et je n’ai pas tout ;
  • L’incertitude : je ne connais pas mon avenir, tout peut m’arriver, même mourir ;
  • La solitude : au creux de moi-même, je suis toujours seul.

Et parce qu’il est aussi un formidable raconteur d’histoires, Armand Lequeux, a offert un conte philosophique qui résume à merveille sa vision de l’amour durable : Ne me quitte pas. De quoi patienter en attendant son premier roman…

Jean BAUWIN
(02/03/13)

Armand Lequeux, Aimer durablement n’est pas plus naturel à l’Homme que la rose au jardin, Wavre, éditions Mols, 2011.

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