Qu’est-ce qu’un prieuré ? On pourrait répondre : une petite abbaye. Mais le Larousse est plus précis en parlant d’une « communauté religieuse gouvernée par un prieur et dépendant d’une abbaye ».

Communauté qui, parfois, animait une paroisse proche de l’abbaye en question. Le mot, au fil de l’histoire, désigne aussi, tout simplement, la maison occupée par cette communauté. Et quand l’abbaye fondatrice ou le monastère de référence disparaissent… ce prieuré peut connaître bien des aventures, devenir une cure de village, un espace d’accueil, un centre culturel, un lieu de négociation politique… ou même réinventer un projet original à la mesure des aspirations spirituelles de son temps. C’est un peu ce qui est arrivé au Prieuré de Malèves-Ste-Marie…

Un Lieu

Sainte-Marie, c’est d’abord un tout petit village de Belgique, au coeur du Brabant wallon, dans l’entité de Perwez. Et dans ce village, le quartier du Prieuré se compose d’une église et de quelques maisons. Une vieille histoire, déjà, puisque la tour romane en moellons de grès date des XIe et XIIe siècles alors que la sacristie en belles pierres du pays remonte, elle, au XIIe siècle. À une demi-heure de Bruxelles, de Namur ou de Charleroi, à une petite heure de Liège et à dix minutes de Louvain-la-Neuve… le Prieuré a la chance d’offrir un espace à taille humaine dans un cadre de verdure suffisamment isolé et assez habité. Un endroit sobre et accueillant qui favorise le recul, l’échange, la réflexion, la célébration.

Un histoire

Liégeois, namurois, malinois, brabançon... le Prieuré a multiplié ses appartenances au gré des humeurs d'une histoire mouvementée qui ne lui a pas toujours offert la paix d'aujourd'hui. Disons qu'après une relation tendue, au XIVe siècle, avec le chapitre St-Denis à Liège, il va devenir propriété de l'abbaye cistercienne de Villers (Villers-la-Ville) et cela, jusqu'à la Révolution française. Les quelques moines qui le desservent se sont installés à un kilomètre de là, au lieu dit de Mellemont, aujourd'hui une belle ferme brabançonne sur le territoire de Thorembais-les-Béguines.

Lors du Concordat de 1801, le Prieuré passe à l'archevêché de Malines et deviendra, très vite, le presbytère de la Paroisse Sainte-Marie où les curés vont se succéder jusqu'en 1962. Cinq ans plus tard, l'animation en sera confiée à l'aumônier de la paroisse universitaire de Louvain, Mgr Goossens, qui cèdera lui-même le relais, en 1984, à Gabriel Ringlet, professeur et futur vice-recteur de cette même université.

Une équipe

Propriété de la petite paroisse Sainte-Marie, proche du Doyenné de Perwez, du Vicariat du Brabant wallon, et lié à l’Université catholique de Louvain, le Prieuré est aujourd’hui une ASBL (Loi 1901 en France) dont les membres proviennent des diverses régions du pays. Engagés dans des secteurs comme l’enseignement, le travail social, l’entreprise, le journalisme ou la pastorale… les administrateurs suivent de près la gestion de la maison. Quelques-uns habitent sur place (les permanents) et sont aidés au quotidien par un personnel de secrétariat, de cuisine et d’entretien, financé grâce à un projet de la Région Wallonne. L’orientation des projets est confiée à un « groupe porteur » d’une douzaine de personnes sous la présidence de Gabriel Ringlet, groupe qui a voulu renforcer la vocation de dialogue du Prieuré, tant sur le plan artistique et philosophique que dans sa dimension spirituelle.


Une spiritualité

Précisément, comment pourrait-on dessiner en quelques traits l’approche spirituelle du Prieuré Sainte-Marie ? En partant peut-être de la belle définition que donnait un jour Francine Carrillo, pasteure à Genève : « La spiritualité ? Une manière de rester vivant pour plus large que soi ». Et pour vivre cet « élargissement », le Prieuré fait danser ensemble la Bible, le journal et l’imaginaire… au bal de la foi. Oui, il propose que la danse, la sculpture, la poésie, le théâtre, le cinéma, la chanson… interrogent l’actualité et labourent l’Évangile. Rien de compliqué dans cette démarche-là. Au contraire. Le souhait de retrouver ou d’inventer des gestes et des mots de tous les jours qui parlent encore à nos contemporains. Le souci, donc, d’élaborer une spiritualité de l’actualité.