Artistes au Prieuré : Caroline Chariot-Dayez (26/10/12)

ARTISTES AU PRIEURÉ : ÉCHOS DE LA RENCONTRE

La passion des plis


Passionnée et passionnante, telle nous est apparue Caroline Chariot-Dayez. Cherchant inlassablement la frontière entre le visible et l’invisible, elle a mis des mots sur l’indicible.

Elle excelle dans la représentation picturale de cette frontière, nous donnant des tableaux hyperréalistes de tabliers artistiquement pliés, où elle scrute chaque millimètre d’ombre et de lumière. Et elle a pu mettre en mots pour nous, au Prieuré, de façon sympathique et spontanée, le sens personnel de cette démarche.

 

Philosophe, on la sent habituée à manier les concepts autant que les pinceaux. D’ailleurs, pour elle, les deux démarches sont intimement liées.

Dès neuf ans, elle découvre en peignant qu’elle révèle par ses traits et ses couleurs quelque chose qui la dépasse, qui ne lui appartient pas totalement, et qu’elle nommera plus tard un moment de transcendance.

Elle continue à peindre et prend des cours à l’académie d’Ixelles. À dix-huit ans, elle décide d’étudier la philosophie pour essayer de comprendre ses expériences uniques, éphémères, révélatrices d’autre chose qu’elle-même. Merleau-Ponty lui fournit un éclairage qui va orienter sa carrière (1). Elle va peindre les plis qui se ploient et se déploient en s’attachant à chaque parcelle de ce qui apparaît en continu à son regard. Elle trouve une réelle jouissance à représenter la lumière colorée qu’elle a vu surgir dans les ombres. Chaque bord de pli est peint comme un élément d’une continuité infinie. Et le tout forme un ensemble interpelant, transfiguration de symboles, cris ou apaisement, chute et envol, mouvement et arrêt.

On pourrait croire que Caroline Chariot connaît des moments d’extase. Ce ne sont pas ses mots. Elle se dit comblée dans la contemplation de ses plis ou quand elle montre l’indicible. Elle se sent illuminée et habitée par une expérience de beauté qui l’amène tout naturellement à la spiritualité. Elle dit : « L’art est une expérience propédeutique à la foi. ». Ou : « Reconnaître l’invisible dans le visible, c’est ce que font tous les peintres. »

À leur tour, les spectateurs peuvent  aussi être touchés par l’œuvre où se révèle une forme de transcendance.
Les plis de Caroline Chariot sont autant de voiles qui cachent mais qui en même temps montrent dans l’ombre qu’il existe quelque chose à cacher. Cette démarche est typiquement féminine. Et dans les textures aussi, le travail est féminin : tissus, étoffes de tabliers, matrice textile, une sorte de peau où Caroline Chariot voit les plis de l’embryogenèse…

Femme passionnée et passionnante. Artiste qui sait partager ses découvertes de plénitude.
Organisée (« je travaille comme une fonctionnaire, huit heures par jour »), elle se donne un fond sonore et se plonge dans sa création, tout en étant enveloppée par la musique (2). Elle se sent portée de façon quasi involontaire pour traduire méthodiquement ce qui dépasse son observation aigüe et, ce faisant, elle nous livre une œuvre exceptionnelle d’une rare beauté (3).

Françoise Lambrecht

 

 

(1)  Pour plus de détails, voir le site www.chariot-dayez.com

(2)  Par exemple la musique liturgique du compositeur estonien Pärk

(3)  Celle-ci sera exposée durant tout l’été 2013 à l’abbaye d’Orval.

 

Caroline Chariot était interviewée par Paul-Benoît de Monge

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